Bienvenue tout le monde

Je me lance dans l'aventure : voilà ma première t.A.T.u.-Fic.
Je vous demanderai donc toute votre indulgence.
^_^


AVERTISSEMENT

Pour ceux persuadés que l'Amour véritable entre deux femmes est une aberration, vous savez ce qu'il vous reste à faire. La petite croix rouge en haut à droite est faite pour vous.

L'histoire que je me suis efforcée de poster sur ce blog incite à la tolérance et un peu plus de compréhension dans un monde où la normalité se définit par le diktat d'une majorité.
Je ne prétends pas avoir des talents d'écriture, j'ai juste essayé d'expliquer que l'homosexualité n'est pas une monstruosité au travers des personnages du groupe Tatu.
Tout cela n'est que pure fiction au service du respect de la différence.


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Hormis la reprise des prénoms de Yulia Volkova & Lena Katina, il va sans dire que tout ceci n'est que pure fiction. Par conséquent toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Fruit de mon travail, c'est avec plaisir que j'écris même si cela n'a aucune valeur littéraire.
Et c'est avec grand plaisir aussi que je répondrai à tous vos mails, commentaires etc...
Voili, Voilou
^_^


Bonne lecture!


Auprès de toi, mon Ange!

в около тебя, мой ангел
При тебе, мой Ангел

......




Je dédis cette fic à celle qui a inspirée le personnage de Baba Slava.









Bienvenue tout le monde
# Posté le mardi 03 octobre 2006 14:23
Modifié le dimanche 15 juin 2008 12:40

CHAPITRE I

..........Gracieuse tel un ange marchant sur un lac de brume, je la vois enfin. C'est elle. Elle que j'ai vainement cherchée, souvent attendue sans jamais la rencontrer. Elle est ma moitié, je le sais, j'en suis sûre. Comme le yin et le yang, elle est celle sans qui je ne peux exister pleinement. Une telle douceur se dégage d'elle qu'il est impensable que le diable ai jamais songé une seule fois à en faire l'instrument de sa vengeance ici-bas. Et pourtant elle est si belle, les mouvements de son corps d'une telle légèreté que j'en ai mal au plus profond de mon être. Mal de ne pouvoir la frôler, mal de ne pouvoir la protéger et faire de mes bras un magnifique havre de paix où nous serions seules au monde.
Je commence à peine à entrer en transe que déjà elle s'évapore, telle Cendrillon à minuit, me laissant seule avec moi-même.


..........5h45.
..........Le bruit abominable de mon réveil me fait sursauter. D'un geste brusque, je l'envoie valser.
Ce rêve était si doux que j'essaye de m'y replonger. Je me pelotonne sous ma couette, tentant de prolonger l'instant mais déjà ma mère m'appelle depuis le salon :
- Yulia, lève-toi !!!
..........Enfermant mon rêve dans un coin de ma mémoire pour le libérer à nouveau le soir venu, je me décide à me lever : après tout, il faut bien s'occuper des chevaux avant de partir à l'école.
..........Ma chambre est glaciale. Le givre a dessiné des fleurs sur les carreaux de ma fenêtre. Cette nuit encore le froid de décembre a sévi, transformant la neige en une épaisse couche de glace.
..........Rapidement je m'habille, enfilant un gros pull-over tricoté par baba Slava et un jean usé par les ans avant de dévaler les escaliers qui grimacent sous mes pas.
- Et bien, tu m'as l'air d'excellente humeur ce matin ma fille, s'exclama Vladimir. Aurais-tu quelque chose à nous annoncer ?
..........En disant cela, mon père jette un coup d'½il malicieux à Natacha, ma maman. A coup sûr, ces deux-là s'imaginent qu'il y a un garçon là-dessous !
- Pourquoi ? dis-je entre deux gorgées de chocolat chaud. Faut-il forcément être amoureuse pour être joyeuse ?
..........Sur ces paroles, je finis mon bol de chocolat à toute vitesse. Puis embrassant sur la joue mon père et ma mère, je file au dehors.
..........L'écurie sent bon le foin, le bruit des animaux dans leurs box me parvenant aux oreilles comme une musique apaisante. Je n'ai pas encore franchi le pas de la porte que déjà Diva montre le bout de ses naseaux par-dessus la porte de son box, m'accueillant par un hennissement sans équivoque.
- Oui ma belle, moi aussi je suis contente de te voir.
..........Diva, c'est ma jument. Mes parents me l'ont offert quand j'avais dix ans. On peut dire qu'on a quasiment grandi ensemble. De la race des Hanovriens, en prenant de l'age, Diva est devenue un animal magnifique. Sa robe alezan brûlé rappelle la couleur du chocolat. Bien proportionnée, elle a belle allure, le port de tête noble et fière.
Elle est formidablement douce, j'ai fait les quatre cents coups avec elle. Il y a deux ans, après une violente dispute où mon père m'a donnée la seule et unique claque de ma courte vie, je suis partie chercher Diva et je me suis enfuie avec elle. Sans nouvelles de moi, mes parents étaient morts d'inquiétude. C'est seulement cinq jours plus tard que je suis retournée à la maison, encadrée de deux policiers. Depuis cet épisode, mes parents sont très protecteurs vis-à-vis de moi, parfois à l'excès mais je ne peux pas leurs en vouloir : ce sont mes parents.
..........Entrant dans le box pour lui donner son avoine, je lui flatte l'encolure. Très câline, la jument met son museau sur mon épaule et je sens son souffle chaud dans mon cou. Tout en lovant ma tête au creux de son poitrail, mes doigts parcourent son beau pelage roux. C'est alors que me revient en mémoire mon délicieux rêve de la nuit et cet ange à la chevelure couleur de feu qui sème le trouble dans mon esprit.
« Bon, Yulia, il faut que tu t'actives, les chevaux ne vont pas se nourrir tous seuls »
A regret, je quitte Diva qui me regarde de ses grands yeux doux.
..........Passant d'un box à l'autre, je donne d'abord à manger à Choumka et son poulain. Trotteur d'Orlov, Choumka a une magnifique robe louvet. Facilement identifiable par son port de tête marqué par une liste débordante et une balzane en bracelet à l'antérieur droit, la poulinière a également une tache blanche en étoile sur l'encolure. Les hasards de la génétique ont voulu que son petit hérite de cette même tache étoilée au même endroit. Une fois la pitance distribuée, je continue ma tournée pour enfin de m'occuper de Zorka, le vieux cheval de trait de papa. Le vieux Frison a sa robe parsemée de poils blancs mais il est toujours aussi vif malgré son âge avancé. Ayant achevé ma distribution de fourrage, je jette un coup d'½il à ma montre. « Oulàlà, je vais être en retard ! Vite, il faut que je me dépêche ! »
..........En catastrophe, je rassemble mes affaires et je pars pour l'école.
# Posté le mardi 03 octobre 2006 14:25
Modifié le samedi 10 mai 2008 12:02

CHAPITRE II

..........Sur le chemin, je rencontre Tania et Sergueï. Tous les trois, nous nous connaissons depuis l'enfance. Ils sont un peu ma fratrie, le frère et la s½ur que je n'aurais jamais. A ceci près que ces deux-là sortent ensembles depuis un mois déjà et ils sont inséparables. Chacun a présenté officiellement l'autre à sa famille respective, comme pour montrer qu'il ne s'agit pas d'une simple amourette d'adolescents. Cela a l'air très sérieux entre eux. Je suis vraiment contente, ils ont l'air très heureux.
- Salut les amoureux ! m'écriais-je en arrivant à leur hauteur
- Bonjour Yulia ! Alors, prête pour une nouvelle semaine ?
- Ne m'en parle pas, j'ai horreur du lundi matin, dis-je d'un ton faussement grognon.
..........Mais déjà la cloche sonne, arrêtant là notre conversation. Tel un cheptel de cerveaux que l'équipe d'enseignants va abreuver de savoir, les élèves se rassemblent et prennent le chemin de leurs classes respectives.
..........Je m'apprête à en faire autant quand, sentant un regard sur moi, je m'arrête dans les escaliers et me retourne. C'est là, dans la cohue précédent l'entrée en classe, que je l'aperçois. Elle. Isolée du reste des élèves, personne ne fait attention à cette jeune fille à l'apparence fragile qui semble impressionnée par toute cette joyeuse pagaille. Nos regards se croisent une fraction de seconde mais déjà elle baisse la tête et fixe timidement le bout de ses chaussures.
- Yulia ? Tania me tire par la manche. Allé tu traînes, viens !
..........Sortie de ma rêverie, je poursuis mon chemin jusqu'à la salle de classe où tout le monde s'installe bruyamment.

***


..........- Silence tout le monde ! s'écria Monsieur Ivanovitch, notre professeur. Sortez vos affaires dans le calme s'il vous plait !
..........L'atmosphère devient rapidement studieuse, chacun cessant de parler avec son voisin. Moi-même, je cesse de chahuter avec Tania et Sergueï installés au bureau dernière le mien.
- Bien ! Tout d'abord, bonjour à tous.
- Bonjour, Mr Ivanovitch ! Répondent d'une seule voix les élèves.
- Avant de commencer le cours, je voudrais vous présenter une nouvelle élève. Elle arrive tout droit de notre belle capitale et ne connaît encore personne ici. Aussi je vous demanderais de bien l'accueillir et de l'intégrer au sein de la classe.
..........Pendant ce petit discours d'introduction, la jeune fille restait sur le pas de la porte, gênée de faire l'objet d'une telle attention collective. A cet instant, je ne n'enviais pas sa situation : être dévisagée comme une bête curieuse, ce n'est pas ce qu'il y a de plus agréable. A sa place, j'aurai sans doute voulu me faire toute petite pour pouvoir entrer dans un trou de souris.
- Viens me rejoindre au tableau, dit doucement Mr Ivanovitch, ne sois pas timide. Les amis, je vous présente Lena. Elle restera avec nous jusqu'à la fin de l'année scolaire.
A côté de notre professeur, tête baissée tel un prisonnier qui attend la sentence, Lena ne se lasse pas de regarder ses chaussures, refusant de faire face à la classe.
- Installe-toi à l'avant dernier rang au fond, il y a une place de libre.
..........Les dernières paroles de Monsieur Ivanovitch me font sursauter : Elle allait être à côté de moi en classe ! A cette annonce, je frémis et visiblement, je ne suis pas la seule mal à l'aise. Mais déjà Lena se dirige vers le fond de la classe, s'installant maladroitement près de moi. Il fallait que je trouve quelque chose à dire pour détendre l'atmosphère. Mais quoi ? « Vite, vite, bon sang! Yulia, trouves quelque chose de pas trop nul à dire !!!»
- Bonjour Lena, moi c'est Yulia, réussis-je péniblement à murmurer.
Lena tourna la tête vers moi et me souris timidement avant de replonger le nez sur son cahier.
- Ceci étant fait, les amis, nous pouvons maintenant commencer la leçon ! Aujourd'hui, nous allons étudier un point de grammaire particulièrement difficile et...
Mais déjà perdue dans mes pensées, je n'entends plus ce que dit Monsieur Ivanovitch.


***


..........La matinée m'a semblé interminable, les minutes, les heures s'écoulant lentement. Tout le matin, j'ai vainement tenté de trouver quelque chose d'intéressant à dire à ma voisine. Mais nous n'avons échangé aucunes paroles, ne sachant ni l'une ni l'autre comment entamer une conservation.
Inhabituellement silencieuse à table, Tania se doute que quelque chose ne va pas.
- Hey, Yulia ?! Tu es avec nous, là ?
- Hein ? Pardon, je ne suis pas dans mon assiette.
- Oui, je vois ça ! s'exclama Tania d'un air taquin. Tu n'as rien touché de ton déjeuner.
..........Le réfectoire est tellement bruyant qu'il est difficile de s'entendre penser. De plus, j'aperçois Lena, seule quelques tables plus loin. Elle est plongée dans un livre. Apparemment, cela doit être très intéressant car elle ne prête aucune attention à ce qui se passe autour d'elle.
- La nouvelle n'est pas très causante, dit Sergueï comme s'il lisait dans mes pensées. Hein, Yulia ? C'est pas une bavarde on dirait.
- C'est son premier jour, c'est normal qu'elle soit intimidée, fit remarquer Tania. Comment tu réagirais toi si tu arrivais dans une école où tu ne connaissais personne ?
- Oui, ma puce, tu as raisons, reconnu Sergueï en lui déposant un baiser sur la joue.
..........J'adore la compagnie de Tania et Sergueï. Ce sont mes amis d'enfance, on discute de tout, ou presque, et même si maintenant ils forment un couple, jamais je ne me suis sentie de trop en leur présence. C'est cela aussi que j'apprécie chez eux : ils sont amoureux fous l'un de l'autre, ça il n'y a pas de doute là-dessus, et en même temps ils savent se faire discrets, veillant à ne pas s'embrasser sans cesse pour ne pas mettre mal à l'aise les personnes qui les entourent. Cette forme de pudeur dans leur relation ne fait que renforcer l'estime et l'affection que je leur porte. Je trouve leur complicité très touchante et je suis contente pour eux.
..........Moi, je suis célibataire mais j'espère bien un jour vivre une histoire aussi belle que la leur. Bien sûr, j'ai déjà eu des petits copains mais c'était en maternelle. Quand on est petit, on change sans cesse d'avis et je n'échappe pas à la règle : moi l'amoureux de ma vie changeait chaque semaine. Tout cela est bien loin, il y a prescription. Et paradoxalement, ma vie sentimentale d'adolescente est bien vide mis à part le petit béguin que j'ai eu pour Dimitri l'année précédente.
Arrêtant là le cours de mes pensées, je m'aperçois que Lena est sortie de table.
« Peut-être est-elle retournée dans la classe avant la sonnerie »
- On va faire un tour dehors pour prendre l'air avant la reprise, dit Tania. Tu nous accompagnes ?
- Hein ? Heu...Non, allez-y tous les eux, les tourtereaux. Moi je passe aux toilettes et je vous rejoins en classe.
- Comme tu veux, Yulia.
- A toute à l'heure.
# Posté le mercredi 04 octobre 2006 02:34
Modifié le samedi 10 mai 2008 12:02

CHAPITRE III

..........Restée seule, je baisse la tête et me concentre sur mon assiette. Décidément, ce qu'il y a dedans n'est pas très ragoûtant. « Qu'est-ce que c'est que ces Trucs Alimentaires Non Identifiés ? La cuisinière veut nous empoisonner aujourd'hui ou quoi ? » Cette douteuse mixture me donne la nausée. Je me lève de table et rapporte en cuisine mon plateau auquel bien sur je n'ai pas touché. Cette attitude-là ne me correspond pas, je le fais, et pourtant je ne peux rien y faire. Décidément aujourd'hui j'ai la tête ailleurs, je me sens vraiment bizarre. Nonchalamment, je me promène dans les couloirs bien silencieux pour rejoindre ma classe.
..........Soudain, je ressens un pic de douleur dans le bas ventre. « Mon dieu, qu'est-ce qui m'arrive ? » Crise de panique. Je sens monter en moi une incontrôlable bouffée de chaleur. Mon souffle s'accélère, mon sang cogne à mes tempes. Je ne sais pas quoi faire. En dépits de la douleur qui me plie en deux, je me mets stupidement à courir. Vite, les toilettes ! Alors que j'avais si chaud tout à l'heure, je sens maintenant des sueurs froides me parcourir l'échine. J'ai la tête qui tourne. Il n'y a personne dans les couloirs ; seul le bruit de mes pas comme unique témoin de ma course folle. Soudain je percute quelque chose. Je chute. Des objets tombent à terre. Les images dansent devant mes yeux puis tout devient noir.

***



..........- Yulia?
..........Au loin, cette voix douce prononce mon nom. Où suis-je ? Je ne me rappelle pas. Que c'est-il passé ? Aïe, ma tête. Je ne me sens pas très bien. J'ai la tête qui tourne, comme si j'avais fait trop de manège. Trop fatiguée pour ouvrir les yeux, je suis à demi consciente. A nouveau, mes sens s'évaporent et je m'évanouis.


***



..........Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi. Longtemps sans doute. Mes paupières sont lourdes. J'ai l'impression d'avoir le visage bouffi. « Quelle sensation bizarre ! » Dans un effort qui me paraît surhumain, je tente d'ouvrir les yeux. Tout en encore embrouillé dans mon esprit. La rétine agressée par la lumière, plusieurs fois je cligne les paupières. J'arrive maintenant à distinguer auprès de moi une silhouette assise sur une chaise. Elle s'approche, je sens qu'elle se penche au dessus de moi. Ce parfum. J'aime ce parfum. A nouveau, je fais l'effort d'ouvrir les yeux. De grands et beaux yeux verts me regardent. C'est un ange. Un ange à la crinière rousse qui se fait du souci pour moi.
- Comment tu te sens ?
..........Jusqu'à ce matin, je n'avais encore pas entendu le son de sa voix. Lena me parle doucement, le visage marqué par l'anxiété. C'est troublant comme le timbre de sa voix trouve écho à mon c½ur.
- J'ai connu mieux, murmurai-je. Merci de t'occuper de moi.
A ce moment là, Madame Bidou l'infirmière scolaire entre dans la pièce m'apportant un remède ainsi qu'une grande tasse de thé sucré bien chaud.
- Tu nous as fait une belle frayeur Yulia, dit-elle. Heureusement que Lena était dans ce couloir, tu lui es littéralement tombée dessus. Si elle n'avait pas été là, tu serais sans doute évanouie dans un coin et nous te chercherions encore.
- Je suis désolée pour tout cela, Madame Bidou.
- Ne t'inquiète pas. Remercie plutôt Lena, tu as failli lui faire avoir une crise cardiaque quand vous vous êtes percutées.
Je ne me souviens pas. Comment cela s'est-il passé ? Portant ma main à mon front, je m'aperçois que j'ai une bosse.
- Moi aussi j'ai la même, dit Lena en souriant.
- Pardon, j'ai été stupide de courir comme cela. Toi aussi, tu as une sacrée bosse par ma faute.
- Ce n'est rien. J'ai eu peur que tu te sois cassée quelque chose en fait. Ta tête a cogné le sol. Alors j'ai crié pour que quelqu'un vienne et par chance il y avait ton ami Sergueï qui m'a entendue. C'est lui qui t'a portée jusqu'à l'infirmerie.
Mais où étaient-ils, Sergueï et Tania ?
- En classe, ils s'occupent de prendre nos cours. Ils passeront nous voir après. Tu sais, je crois qu'ils ont eux très peur pour toi eux aussi.
- Ce n'est pas bien grave, répondis-je. Je n'ai rien mangé à midi, c'est pour ça que je suis tombée dans les pommes.
- Ce n'est pas très malin en effet, me dit Lena. Reprends des forces et bois le thé sucré de Madame Bidou pendant qu'il est encore chaud. Tiens.
Joignant le geste à la parole, Lena me tend la tasse. Mes bras, mes mains sont encore toutes engourdies. Je risque d'échapper la tasse. Voyant ma faiblesse, Lena m'aide doucement. Ce simple geste de compassion éveille en moi un sentiment très troublant que je ne peux décrire. A cet instant, je suis heureuse qu'elle soit là, à mes côtés.

***



..........En fin d'après-midi, Tania et Sergueï passent prendre de nos nouvelles. Je me suis reposée et ma tête ne tourne plus.
- Coucou Yulia, lança Tania en entrant. Comment ça va ?
- C'est pas la méga forme mais ça va mieux.
- Le proviseur a prévenu tes parents, ils vont venir te chercher pour t'éviter de faire le chemin à pied.
Je n'avais pas pensé à cela. Et Lena ? Quelqu'un vient la chercher ?
- Je suis interne, tu sais. D'ailleurs je vais monter dans ma chambre, faire une bonne nuit de sommeil pour être en forme demain. Sergueï, Tania, merci de m'avoir copiée les cours de l'après-midi.
..........Avant de partir, Lena fait la bise à mes amis ainsi qu'à moi. Décidément, son parfum m'est très agréable.
- A demain.
# Posté le jeudi 05 octobre 2006 13:40
Modifié le samedi 10 mai 2008 12:02

CHAPITRE IV

..........De jour en jour, nous devenons de plus en plus proche. C'est dingue comme cet après-midi là fit évoluer notre relation. Nous n'étions au départ que deux étrangères l'une pour l'autre et maintenant, je peux dire que nous sommes de bonnes amies. De très bonnes amies même. C'est presque un plaisir de venir en classe, de retrouver Tania, Sergueï et Lena, maintenant tout à fait intégrée à notre groupe. La Lena introvertie et réservée des premiers jours est bien loin à présent. Aujourd'hui, c'est une jeune fille dynamique et souriante avec qui j'aime passer le plus clair de mon temps. Toujours studieuse, parfois espiègle, elle est pleine de vie, riant sans cesse de bon c½ur. Il y a des gens comme cela qui respirent le bonheur et la joie de vivre. Des gens pour qui la gaîté et la bonne humeur sont communicatifs, le visage emplit de bonté, le regard flamboyant du plaisir de croquer la vie sans réserve et sans retenue. Plus je côtoie Lena et plus j'ai envie de la connaître encore davantage car elle fait partie de ces personnes-là qui, le plus simplement du monde, profitent de la vie et la rendre merveilleuse à partir d'un rien. C'est peut-être cela la recette du bonheur : être naturel et pleinement soi-même, sachant savourer le moindre rayon de soleil qui éclaire nos vies. Lena est comme cela. C'est un véritable rayon de soleil dans la bande. Elle réchauffe mon c½ur et mon âme, tout naturellement.
..........Les seuls instants de solitude qu'elle s'accorde sont ceux qu'elle passe à griffonner sur un cahier chaque fois qu'elle en ressent le besoin. Je sais qu'elle y écrit des poèmes, et tout ce qui lui passe par la tête, mais elle ne m'en a jamais fait lire une ligne et je respecte cette pudeur d'âme.

***


..........Voilà maintenant trois mois que nous nous connaissons. J'ai l'impression de la connaître depuis toujours. Tout à la fois, elle me ressemble et me complète, changeant littéralement ma vie sans s'en rendre compte.
..........Progressivement, nous nous sommes confiées l'une à l'autre. Cependant, je ne lui ai jamais di qu'avant de la connaître, je l'avais déjà rencontrée dans mes rêves. Comme une évidence, j'avais déjà imaginée son existence. Cela peut paraître stupide mais j'ai un peu peur de sa réaction si je lui avouais que j'avais déjà rêvée d'elle avant de la rencontrer. Après tout, je ne sais pas très bien moi-même où j'en suis par rapport à cela. Dans ma tête, les sentiments que je ressens pour Lena sont très clairs. Cela se complique passablement quand il faut traduire cela en mots. J'ai beau essayer de chercher quel mot conviendrait le mieux pour décrire ce que Lena représente pour moi, aucun n'est vraiment approprié. Il faudrait en inventer un spécial. Mes pensées se focalisent là-dessus : Qu'est Lena pour moi ? Une amie ? Evidemment. Une partie de moi-même ? Sans doute. Serait-ce de l'amour ? Non. Si. Je ne sais pas. Cette idée non conventionnelle me met mal à l'aise. Ce n'est pas normal ça comme réponse et pourtant je ne peux m'empêcher d'y penser.
..........Mis à part ce « léger » détail qu'est le flou dans lequel je suis, Lena connaît tout de moi. Et je connais d'elle tout ce qu'elle veut bien me dire. Une seule de mes questions n'a jamais eu de véritable réponse : pourquoi subitement Lena a-t-elle quittée Moscou pour échouer dans une petite école au fin fond de la Russie ? C'est le seul sujet que je n'ai jamais pu aborder de manière satisfaisante avec elle. A chaque fois, elle s'est dérobée, s'arrangeant habilement pour éluder la question. Je sais simplement que Lena est élevée par sa mère et que celle-ci a décidée de l'envoyer en province. Les raisons de cette décision sont pour moi un mystère. Lena est toujours restée très évasive à ce propos. J'imagine que cela cache quelque chose de douloureux pour elle. Chaque tentative de ma part voilant son visage d'une ombre de tristesse, je n'ai pas insisté davantage : elle seule peut décider du moment où elle jugera bon de m'en parler. En attendant, je suis attentive à ce qu'elle ressent. Elle peut compter sur moi en toutes circonstances, je pense qu'elle le sait.
# Posté le vendredi 06 octobre 2006 13:58
Modifié le samedi 10 mai 2008 12:03