CHAPITRE V

..........Dans les bras de Morphée, je ne peux encore une fois m'empêcher de rêver de cet ange à la douce chevelure de feu. Son visage est penché au dessus du mien, ses yeux d'émeraude sondant l'azur de mon regard. A coup sûr, elle lit en moi comme dans un livre ouvert, ses prunelles explorant le tréfonds de mon c½ur. Je ne peux trahir ce que je ressens. Anticipant mon geste, elle passe doucement sa main dans l'ébène de mes cheveux fous. Moment sensuel et intense, le temps s'arrête comme suspendu à son geste. Je ferme les yeux pour savourer l'instant. Approchant son visage du mien, son parfum m'enivre. Tous mes sens en éveille s'affolent. Nos joues se frôlant, je l'entends susurrer un « je t'aime » à mon oreille. Sa voix céleste raisonne comme un écho à mon c½ur.

..........La sonnerie retentit enfin. C'est le week-end-end-end et j'ai hâte de rentrer à la maison avec Lena. Toute la semaine nous avons parlé de cela et fait moult projets. Nous allons passer le week-end ensemble. C'est la première fois que Lena vient chez moi. Pour mes parents, c'est comme s'ils l'avaient déjà rencontrée tellement je parle d'elle à table le soir. Je suis un peu nerveuse quand même, j'espère que Lena se sentira comme chez elle à la maison.
..........Sans attendre que Monsieur Ivanovitch finisse sa phrase, je plie rapidement mes affaires, prête à déserter la classe à toute vitesse. Il règne un délicieux air de vacances bien que nous ne soyons qu'en mars. Tous les élèves sont euphoriques, pressés de commencer leur week-end. Comme tout le monde, Lena est très excitée, radieuse pour une fois de sortir du cadre de son internat. C'est un bon week-end qui s'annonce.
..........Sur le chemin du retour, nous discutons gaiement tous les quatre. Arrivés à la sortie du village, Sergueï et Tania bifurquent dans l'impasse Stalingrad où habitent les parents de Sergueï.
- Bonne soirée, les tourtereaux ! A lundi.
- Salut, les filles ! Amusez-vous bien.
..........Il nous reste encore cinq bonnes minutes de marche avant d'arriver chez moi. Le chemin est accidenté, les cailloux rendus glissants par la boue.
- Je suis contente de passer tout le week-end avec toi, me confit Lena
- Moi aussi, lui répondis-je. Je suis sûre que l'on va bien s'amuser. Ce soir nous serons seules à la maison, mes parents rentreront tard. C'est leur anniversaire de mariage et mon père a prévu d'emmener ma mère dîner en ville en amoureux. Nous avons la maison rien que pour nous ce soir.
..........Je ne sais pas si c'est mon imagination mais il me sembla qu'à cette annonce le beau visage de Lena se fendit d'un sourire à la fois ravi et en même temps un petit peu anxieux. Moi aussi je suis un peu nerveuse. Cela fait une semaine que je réfléchis et plus je réfléchis, plus je me perds dans le dédale de mes pensées. Tout ceci ressemble à un gigantesque imbroglio infernal. J'ai l'impression de devenir dingue. Il faut que je lui parle de ce que je ressens même si je ne sais pas trop bien la nature des sentiments que je lui porte. Ce qui est sûr, c'est que ces sentiments sont très forts. Je pense qu'il est maintenant temps que nous ayons une discussion toute les deux, et si l'occasion se présente pendant le week-end alors pourquoi pas la saisir.
- Nous arrivons, dis-je. Voilà ma maison.
..........Au bout du chemin, comme surgit de nul part, apparaît le grand corps de ferme dressé tel un roc dans la campagne isolée. Le grand portail dévoilant sa cours intérieure, Lena semble enchantée.
- Viens, suis-moi !
..........Prenant sa main, je l'emmène sur la droite en direction de l'écurie. Mainte fois, je lui ais décrit l'endroit et cette atmosphère dans lequel j'aime me retrouver. D'instinct, comme sachant par avance lequel des chevaux est le mien, Lena s'approche doucement de Diva.
- Elle est magnifique, Yulia !
- Comme toi.
..........Ma réponse la surprend, Lena me regarde d'un air interrogateur. « Oulàlà, je me sens devenir toute rouge, moi ! ». J'essaye de rattraper le coup :
- Oui, enfin je veux dire, son pelage me fait penser à la couleur de tes cheveux, réussis-je à bafouiller. « Pfffff, lamentable ! »
- En tout cas, elle est douce et gentille...Tout comme sa cavalière.
..........Lena ne se lasse pas de passer ses doigts dans la crinière de la jument. Cette dernière, curieuse, renifle les habits de mon amie ainsi que ses cheveux et son visage.
- Méfie-toi, elle va te faire un gros bisou bien baveux si ça continu !
..........Effectivement, à peine ma phrase achevée, Diva donne un coup de langue furtif sur la joue de Lena. Fou rire ! Lena et moi sommes pliées en deux.
..........Progressivement, nous nous calmons et c'est bras dessus, bras dessous que j'invite Lena à entrer dans la maison. La douce chaleur du salon contraste avec le froid piquant du dehors.
- Fais comme chez toi, dis-je. Mets toi à l'aise.
..........Lena quitte son manteau et le pose sur le canapé, aussi que son sac à dos.
- Tu me fais visiter ? *
..........A la manière d'un promoteur immobilier, je lui réponds en faisant des pitreries :
- Bien sur, Mademoiselle, je vous fais faire le tour du propriétaire ! On commence par le rez-de-chaussée. Si vous voulez bien me suivre, Mademoiselle.
..........Le salon est spacieux, l'âtre de la cheminée apportant une ambiance feutrée. Au fond à droite réside le coin télévision où trône le petit écran noir. Quant à la porte à gauche, elle dessert la cuisine.
- Maintenant, le premier étage, dis-je.
..........On y accède par un escalier en bois dont toutes les marches grimacent sous nos pas.
- C'est n'est pas très discret si tu veux te lever la nuit.
- C'est sûre, tu réveilles toute la maison, fit remarquer Lena.
..........Poursuivant la visite, on arrive au premier étage.
- Là, c'est ma chambre, mon univers à moi.
..........La pièce est certes un peu en bazar, quelques vêtements traînant sur la chaise de mon bureau. Près de la fenêtre trône mon grand lit avec ma peluche préférée dessus et en face une porte donnant sur ma petite salle de bain personnelle. De nombreuses photos règnent sur les murs, Lena les regarde. Des photos de famille à celles de Diva encore poulain, en passant par de nombreux dessins que je me suis amusée à faire, tout le pan de mur en face de mon lit ressemble à un immense patchwork d'images.
- J'aime bien la déco de ta chambre, Yulia.
- Merci, répondis-je. On descend ? Je vais nous préparer un bon souper.
- Tu m'avais cachée que tu étais un cordon bleu dis- moi.
- Pour être exacte, je pense plutôt que ce sera de la cuisine expérimentale, dis-je malicieusement
- Moi ça me va, je suis partante pour toute nouvelle expérience, répondit Lena, entrant dans mon jeu.


***



..........Dans la cuisine, l'atmosphère est à la fête. Nous nous préparons une bonne solianka au poisson avec en dessert de délicieux makivnyky. Tout en mangeant, nous discutons du programme du week-end.
- Voilà ce que je te propose, débutais-je, ce soir on se visionne un bon film. On verra bien à quelle heure on se couche. Et puis demain, après une bonne grasse matinée bien entendu, je t'emmènerais faire une ballade à cheval si tu veux.
..........A cette annonce, le visage de Lena se fit plus radieux encore.
- Super ! Je suis partante, s'écria-t-elle, tout en se jetant dans mes bras.
..........Cette démonstration d'affection me surpris sur le moment. Puis, m'apaisant, je referme mes bras autour de sa taille. Son corps pressé contre le mien, mon cas de conscience m'envahit soudain. Sentant intuitivement qu'il s'agit du bon moment, je me lance :
- Lena ? Il faut que je te parle.
..........J'ai toujours eu horreur des gens qui commence par cette fameuse phrase "faut qu'on parle !" Généralement, ce qui suit n'est pas plaisant à entendre. Pourtant, je ne trouve rien de mieux pour introduire le sujet qui m'accapare l'esprit depuis quelques temps déjà.
- Bien sûr, Yulia, tu peux tout me dire. Vas-y, raconte moi.
Voyant que quelque chose me traquasse, nous nous installons sur le canapé pour discuter calmement.
- Lena, commençais-je, ça fait quelque temps que je me pose tout un tas de questions et je n'ai jamais trouvé le bon moment pour t'en parler
- Oulà, Yulia, dis-moi de quoi il s'agit, tu commences à m'inquiéter en disant cela.
- Ce n'est pas facile à expliquer, Lena, et pour être honnête, j'ai un peu peur de ta réaction.
- Ne t'inquiète pas, me dit-elle d'une voix rassurante. Ça ne peut pas être si terrible que cela. Et puis, je suis ton amie, souviens-toi.
..........Un peu plus en confiance après ces paroles, je me décide enfin. «Courage ! Courage ! Courage, prends moi et ne me lâche pas !»
- Voilà, Lena. Avant que je te rencontre, je faisais très souvent un rêve bizarre avec une fille qui te ressemble étrangement. C'est très troublant parce que, tu vois, je rêve de la prendre dans mes bras. Alors quand tu as débarqué à l'école en décembre, c'était comme si ce rêve se matérialisait et j'avais l'impression que je te connaissais déjà... Je n'arrive pas à définir les sentiments exacts que j'ai pour toi. Quelque chose me dit que ce n'est pas bien, mais ce que je ressens est plus complexe que de l'amitié. J'aime ces moments que l'on passe ensemble, rien que toutes les deux. Et la complicité que nous avons est très précieuse pour moi...mais...Je ne sais pas comment l'expliquer mais... j'aime également quand tu me prends la main. Lena, je suis un peu perdue.
..........Restée silencieuse durant tout ce monologue, Lena n'a pas cherchée une seule fois à m'interrompre. Je n'ose la regarder en face, maudissant déjà mes paroles. Ça y est, j'en suis sûre, j'ai tout gâché. Je me force malgré tout à redresser la tête pour, honteusement, poser les yeux sur elle. Je m'attends au pire. Pourtant, sans crier gare, ses beaux yeux verts s'embrument, annonçant les larmes.
- Oh, Yulia, moi aussi j'ai essayé de lutter contre ce sentiment. Je ne sais pas non plus ce qui m'arrive depuis que je t'ai rencontrée. Tout ce que je sais, c'est que tu comptes beaucoup pour moi. Le monde dans lequel nous vivons n'accepte pas ce genre de chose et pourtant moi aussi j'aime les instants que nous partageons, ces moments qui n'appartiennent qu'à nous deux.
..........Les sanglots jusque-là contenus finissent par gagner Lena, nouant sa voix.
Nul besoin d'en dire plus. D'un commun élan, nous tombons dans les bras l'une de l'autre, pleurant tout notre saoul. Telle une berceuse, notre étreinte nous apaise progressivement, séchant nos larmes.
Puis, s'écartant de moi, Lena me regarde intensément. Vint ensuite l'instant que nous avions tant espérées sans jamais nous l'avouer vraiment. Caressant ma joue, Lena s'approche de mon visage et tendrement dépose ses lèvres sur les miennes. Baiser chaste et doux. Je ferme les yeux, savourant l'instant sans me soucier du "qu'en dira-t-on".
A mon tour, je prends l'initiative, caressant la crinière bouclée de Lena. Au creux de son cou, je m'enivre de son parfum, effleurant mille fois sa peau telle une aile de papillon. Puis à nouveau nous nous embrassons, chacune jouant avec les lèvres de l'autre. Nos baisers s'enhardissent, cette soif de caresses se fait plus pressante. Pourtant, quelque chose me retient.
..........J'ai peur de franchir le pas. Sans doute que Lena ressent la même chose que moi car déjà elle cesse de jouer, se lovant tendrement dans mes bras et posant sa tête sur mon épaule. Nous restons ainsi sans bouger, calmant nos sens, aucune n'osant rompre le charme. Nous n'irons pas plus loin ce soir.
- Je suis bien là avec toi, dis-je un moment après.
Pour toute réponse, Lena redresse la tête et dépose un baiser sur mon front.
Epuisées par toutes ces émotions, nous allons nous coucher.
..........Ce soir là, Lena partage mon lit. D'un commun accord, nous décidons de prendre le temps, refusant de brusquer les choses. Tout ceci est tellement nouveau et déroutant. Délicieusement déroutant.
..........Et c'est le c½ur léger que nous nous endormons tendrement dans les bras l'une de l'autre, chacune faisant de doux rêves.

* Ndl : J'en profite pour apporter ici une petite précision.
Un Russe ne vous fera jamais visiter sa maison, même si cela est la première fois qu'il vous reçoit. Ce n'est pas dans l'habitude des Russophones, les traditions dans le domaine de l'hospitalité étant passablement différentes de nos conventions européennes et occidentales en règle générale. C'est un trait sociologique dont il n'y a pas lieu de se sentir offensé : les maîtres de maison jugeant le plus souvent leur intérieur non digne d'être montré considèrent qu'il y a des choses bien plus intéressantes à discuter dans leur relation avec vous que de questions matérielles. Cette tendance s'estompe néanmoins quelque peu avec la nouvelle génération des années 90 mais quoi qu'il en soit priorité est donnée à l'échange et aux rapports humains avec le visiteur et ami.

# Posté le samedi 07 octobre 2006 06:20

Modifié le samedi 10 mai 2008 12:03

CHAPITRE VI

..........Un beau soleil perce à travers les volets, inondant d'une douce lumière dorée la chambre. Encore toute ensommeillée, je me demande si je n'ai pas rêvé les évènements de la veille. Non, ce doux rêve est bien réel. J'entends Léna respirer paisiblement dans mon dos. Je souris. Je suis heureuse. En douceur, je me retourne lentement pour ne pas la réveiller. Je la regarde dormir. Qu'elle est belle ainsi. Si proche de moi. Si vulnérable aussi.
..........Comme si elle pouvait sentir que je l'observe, Léna gémit faiblement et cherche ma main à tâtons dans les draps.
- Bonjour, mon ange, murmurais-je, caressant ses cheveux.
- Bonjour, ma Yulia.
..........Nouant ses doigts autour des miens, Léna dépose un baiser dans la paume de ma main. Son contact m'électrise. S'apercevant de mon trouble, elle joue d'un air coquin avec mes sens. Nous sommes toutes les deux parfaitement réveillées à présent. Féline, je me rapproche d'elle. Mes mains glissant le long de son corps, je l'embrasse. S'ouvre alors un formidable ballet, chacune désirant se rassasier des lèvres de l'autre.
..........Léna est à présent au dessus de moi, son ventre au contact du mien. Son beau visage au creux de mon épaule, elle y dépose milles baisers. Puis, ses lèvres goûtant toujours ma peau, elle remonte langoureusement le long de mon cou, s'attardant sur ma gorge. Les yeux clos, je me laisse faire, mes mains parcourant son dos.
..........Alors qu'elle me rend de manière appuyée mon baiser, le craquement des escaliers parvient à nos oreilles. Prestement, nous nous écartons l'une de l'autre. Quelques secondes plus tard, une tête apparaît doucement dans l'entrebâillement de la porte.
- Bonjour, maman !
- Je pensais trouver deux princesses endormies. Je vois que vous êtes déjà réveillées. Comment ça va, les filles ?
- Bonjour, madame, dit Léna, un peu gênée.
Ma mère sourit. Puis d'un ton enjoué :
- Mon dieu ! Pas de "madame", ça me donne l'impression d'être vieille ! Appelle-moi plutôt Natacha s'il te plait Lena.
-Comme vous voudrez.
- Très bien. Je vous laisse vous habiller avant de descendre. Dépêchez-vous, je vous ai préparé de bons blinis pour le petit déjeuner.
..........Ma mère referme la porte derrière elle. Sa venue nous a un peu mises mal à l'aise. Avait-elle entendu du bruit dans la chambre ? Se doutait-elle de quelque chose ? Autant de questionnements qui s'envolèrent à la simple mention du festin qui nous attendait au salon.
..........D'un commun élan, Léna et moi sautons du lit. Joyeusement, nous nous habillons. Au dehors, le soleil est radieux. La journée s'annonce magnifique.

- J'adore les blinis de ta maman.
- Oui, je vois cela ! répondis-je. Tu as tout mangé !
Faisant la moue, Lénoshka fait mine de bouder, cela me donnant encore plus envie de la taquiner gentiment. Je lui jette un regard exagérément noir, donc parfaitement ridicule, qui la fait éclater de rire
- Mmmmmmmm, fait Léna en tirant la langue.

..........Le petit déjeuner terminé, nous enfilons nos manteaux avant de sortir rejoindre les chevaux. Le soleil est haut dans le ciel, pourtant le froid est vif et nous pique les joues. Silencieuses, nous entrons dans l'écurie mais déjà Diva dresse les oreilles et nous accueille d'un joyeux hennissement.
- Salut, ma belle ! Tu as bien dormi ? dis-je tout en flattant l'encolure de la jument.
..........Léna est à quelques pas de moi et regarde le poulain faire le pitre sous le ventre de sa mère dans le box voisin.
- Tu veux leur donner à manger ? questionnais-je.
..........D'un mouvement de tête, Léna acquiesce. Je lui montre l'énorme malle où l'on stocke l'avoine ainsi que la remise où sont entreposées les réserves de fourrage. Soudain très intéressée, Choumka hennit, bientôt imitée par Diva et le vieux Zorka.
..........La nourriture ainsi distribuée, nous nous employons maintenant à panser les chevaux. Très à l'aise, Léna n'hésite pas à passer sous le ventre de Diva pour lui curer les sabots. Léna m'avait dit qu'elle avait quelque fois pris des cours d'équitation mais je ne pensais pas que les chevaux étaient quelque chose de si familier pour elle.
Le pansage terminé, nous équipons Diva et Zorka pour aller nous balader.
- Tu verras, Diva est très agréable à monter, dis-je. Je te la confie, mais c'est bien parce que c'est toi. Moi, je monterais sur Zorka, il est parfois têtu.
- C'est peut-être plus prudent en effet, cela fait tellement longtemps que je ne suis pas remontée à cheval.
- Pourquoi tu as arrêté ? risquais-je.
- Oh, c'est ma mère qui ne voulait plus que je fasse d'équitation. Elle trouvait cela trop dangereux.

..........Brides à la main, nous sortons de l'écurie.
..........Léna est déjà en selle et m'attend dans la cours. A mon tour, je grimpe sur Zorka. Heureux de cette escapade il le fait savoir, s'ébrouant et piétinant tout à la fois. Léna semble également ravie, mettant à profit ce dont elle se souvient de ses cours d'équitation. Faisant décrire des cercles à Diva dans la cour, Léna monte successivement à main droite, puis à main gauche. Serrant les flancs de la jument, elle lui fait ensuite trotter l'amble. Je suis impressionnée.
- Heureusement que cela fait longtemps que tu n'as pas monté, dis moi !
Léna est tout simplement radieuse, les joues roses de plaisir.
- Il faut croire que c'est comme le vélo, cela ne s'oublie pas.
..........Sur ces paroles, nous éclatons d'un rire complice. Puis nous nous mettons en route.
..........La campagne est belle. La nature semble nous tendre les bras, le clapotis régulier des sabots sur le chemin comme une mélodie apaisante.
- Yulia ? dit Léna, d'un ton propice aux confidences.
..........Tournant la tête vers elle, je découvre dans ses yeux toute la tendresse du monde. Cette vision me trouble au plus profond de moi. « Qu'est-ce que j'aime ce visage là ! »
- Crois-tu que nous soyons folles ?
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Cette situation. Où cela va-t-il nous mener ?...Affronter le regard méprisant des gens sur notre relation, cela me terrifie. Et pourtant, je ne peux me mentir à moi-même sur les sentiments que je te porte.
« Quels sentiments ? Oh Léna, s'il te plaît, dis moi ces mots-là ! »
- Yulia ?
- Oui ? répondis-je, tirée de ma rêverie. Je suis comme toi, ma Léna, j'ai peur. Peur de la réaction de mes parents. Peur de ce que diront Tania et Sergueï. J'ai peur de moi-même. Mais le pire de tout : j'ai peur de te perdre à cause de tout cela. Je ne sais pas grand-chose, tant de questions sont sans réponses. Mais ce dont je suis sûre, c'est que je tiens à toi.
- Moi aussi. Mais je ne peux m'empêcher d'y penser. Je voudrais que tout soit tellement plus simple mais c'est un problème sans solution. Yulia, je veux pleinement vivre cette relation avec toi et pour cela tu dois savoir quelque chose. Quelque chose que j'ai toujours refusée de te dire, m'arrangeant toujours pour me défiler.
- Ne t'affoles pas ma belle, tu peux tout me dire. Viens, nous allons nous arrêter là, à l'orée de la forêt pour discuter calmement.
..........A nouveau silencieuse, Léna met pied à terre. A peine avons-nous attaché les chevaux à une branche basse que déjà ils broutent paisiblement. Nous nous éloignons de quelques pas pour finalement nous asseoir dans l'herbe.
- Je suis toute à toi, tu peux tout me dire, m'entendis-je dire pour encourager Lenoshka qui torturait nerveusement un brin d'herbe entre ses doigts.
- Yulia, commença-t-elle, il y a quelque chose à propos de moi que tu dois savoir. C'est en rapport avec ma venue ici.
..........Silence. Lena semble chercher ses mots comme pesant l'impact de chaque parole qu'elle va prononcer.
- Yulia, si je suis partie de Moscou, c'est que ma mère m'en a chassée.
Etonnée, je la laisse cependant poursuivre veillant à ne pas l'interrompre.
- Ma mère a décidée de m'envoyer ici, loin de Moscou parce que, pour elle, je suis indigne de vivre avec elle. Tu sais, Yulia, j'ai toujours eu l'impression d'être différente des autres filles. Ma mère et moi étions très proches et ce depuis que mon père nous avait abandonnées quand j'avais six ans. Alors, chaque fois que j'avais un chagrin, j'en parlais à ma mère. Et puis un jour, j'ai pris conscience de qui j'étais vraiment : je suis tombée amoureuse...Une fille. Une fille de l'école d'équitation avec laquelle je m'entendais vraiment très bien. C'est ridicule, tu sais, parce que cette fille n'a jamais rien su de mes sentiments. Mais un soir, alors que je pleurais, je me suis confiée à ma mère et...(La voix de Léna se noue progressivement, cela devenant de plus en plus pénible pour elle de se raconter)...Et là, ma mère est entrée dans une rage noire. A ses yeux, j'étais un monstre, une erreur de la nature qu'elle avait engendrée elle-même. Ce soir-là, elle m'a injuriée, traitée de"perverse" et de bien d'autres choses. Elle m'a même giflée. C'était la première fois qu'elle levait la main sur moi. A partir de ce moment-là, je n'existais plus pour elle. Elle m'a rejetée. Reniée. C'est pour cela qu'elle m'a envoyée si loin, en internat, pour ne plus voir la traînée que je suis...
..........Ne pouvant en dire davantage, Léna éclate en sanglots. Tous ses souvenirs jusque-là contenus, refoulés depuis son arrivée ici, c'est trop pour ses frêles épaules. De mon mieux et avec toute la tendresse dont je suis capable pour elle, je lui démontre mon affection, la prenant dans mes bras pour la consoler.
- Chuuuuuuut, ma douce Léna, murmurais-je à son oreille. Tu n'es rien de tout cela, tu es quelqu'un de formidable. Quelqu'un de bien. Qui a dit que la différence était une tare ? Notre relation n'appartient qu'à nous. Calme-toi, mon ange, je suis là. Je serais toujours là pour toi, toujours. Regarde-moi.
..........Prenant le visage de Léna entre mes mains, je plonge mon regard dans le sien. Doucement, de mes lèvres, je sèche les rivières de ses yeux. Puis à nouveau, je la serre dans mes bras pour l'apaiser, caressant de temps à autres ses cheveux.
Néanmoins troublée par l'aveu de Léna, je n'en laisse rien paraître. Ainsi donc déjà, elle a eu des sentiments pour une fille. Mais cela n'a pas d'importance. A cet instant, plus rien d'autre ne compte à part elle. Elle et moi.
..........Nous restons ainsi un long moment. Lovées l'une contre l'autre, nous ne formons qu'un seul corps.
..........Léna est calme à présent. Elle s'allonge dans l'herbe, regardant passer les nuages, épuisée d'avoir trop pleurée. Je fais de même et nous restons là, silencieuses, main dans la main.

# Posté le samedi 07 octobre 2006 14:09

Modifié le samedi 10 mai 2008 12:03

CHAPITRE VII

..........A demi consciente de ce qui m'entoure, je somnole. Pourtant, je ne suis pas surprise de sentir Léna se pencher au dessus de moi. Ses yeux sont encore un peu rougis par les larmes mais elle me sourit affectueusement. Prenant l'initiative, elle m'embrasse. Son baiser est doux. Mettant mes bras autour de son cou, j'en redemande et l'attire à moi. Léna ne se fait pas prier, distribuant généreusement ses baisers que je m'applique à lui rendre sans avarice. Je sens le désir progressivement monter en moi.
..........Ma respiration s'accélère, mon souffle devenant rauque à mesure que mes mains parcourent le corps de Léna, s'attardant sur le cambré de ses reins. Je ferme les yeux pour mieux maîtriser mes sens.
- Je t'aime, ma Yulia ! murmura Léna d'une voix transportée par l'émotion.
..........Ces mots que plusieurs fois déjà j'avais secrètement rêvé qu'elle me dise trouvèrent échos à mon coeur.
- Moi aussi, Léna, je t'aime tellement fort. Je ne suis plus tout à fait la même depuis que tu es entrée dans ma vie. Je suis bien avec toi.
..........Un dernier baiser passionné, puis nous décidons de reprendre notre balade. Le fait que Léna se soit confiée à moi à propos de son passé ne fait que renforcer l'affection que j'ai pour elle, ouvrant la voie à une désormais plus grande complicité entre nous.
..........Comme pour se défouler après toutes ces émotions, Léna serre les flancs de Diva et se lance au galop. Le vieux Zorka, bien décidé à ne pas se laisser distancer par la jeune et impétueuse jument, se lance à sa poursuite avant que je n'aie le temps de rassembler mes rênes. Les cheveux chahutés par le vent nous faisons la course, nos éclats de rires raisonnants bruyamment dans le sous-bois. Lancé au grand galop, l'assiette de Léna est pourtant irréprochable. Elle prend du plaisir à monter Diva, et cela se voit sur son visage rayonnant. Grisée par l'ivresse de la course, elle prend plus de risque, franchissant un tronc d'arbre couché en travers de la piste.
- Wouhouuuuuuuuu !!!!!!!!!
..........A mon tour, je franchis l'obstacle. Le coup de rein brusque de Zorka provoque en moi une vive douleur qui me déchire le ventre et me fait grimacer. Mais je n'en ai cure, trop occupée à poursuivre les fuyards qui ont maintenant une bonne dizaine de longueurs sur moi.
..........Zorka s'essouffle dangereusement mais cela ne le fait pas ralentir pour autant.
- Léna, attends-moi !!!
..........Elle se retourne. Voyant le poitrail écumant de Zorka et ses naseaux dilatés, elle ralentit l'allure. Le souffle court, nous nous arrêtons enfin pour permettre aux chevaux de récupérer. Le vieux cheval de trait renâcle, comme mécontent de ne pouvoir continuer la course et se mesurer pleinement à Diva. Il tire énergiquement sur le more.
- Tout doux, mon vieux Zorka, lui dis-je en le flattant. Tout doux ! Je sais bien que tu aurais voulu gagner. Mais ton grand âge ne te permet pas d'en découdre avec la fougue de la jeunesse. C'est sur un autre tableau que cela se joue. Viens, mon beau, on va leur montrer que tu as de l'allure.
..........Puis, sur un air malicieux de défi :
- Qu'est-ce que tu en penses, mon vieux Zorka ? Je te parie que Léna est complètement nulle en dressage.
- Ah ouai, tu crois cela, me répondit-elle du tac au tac. Je vais te montrer, moi !
..........Sur ces paroles, elle met Diva en mouvement.
..........D'un trot aérien, la jument évolue avec aisance autour de Zorka et moi. Bien en selle, Léna épouse parfaitement la cadence des reins de la jument. Par une pression de jambe l'animal s'incurve, décrivant un gracieux pas de côté. Puis, comme mue par un geste imperceptible tellement la main de Léna est légère, Diva effectue un appuyer parfait.
- Alors ? Qu'est-ce que tu dis de cela ? Je t'épate, hein ?
..........Décidément, Léna en sait plus sur l'équitation que ce qu'elle veut bien en laisser paraître. En accord parfait avec sa monture, « en l'occurrence ma jument », elle ne faisait qu'un avec elle. Ma mine dépitée l'amuse. Elle éclate d'un rire cristallin.
- A mon tour maintenant ! Tu vas voir ce que tu vas voir !
..........Zorka a maintenant repris son souffle. De la voix, je le galvanise. Attentive à la position de mes mains, les épaules légèrement en arrière, je le rassemble sous moi. Réceptif, Zorka a les oreilles pointées vers moi, concentré sur mes directives. Jugeant le moment propice, d'un claquement de langue, je lui demande d'exécuter un piaffer. Cette fois-ci, c'est au tour de Léna d'être impressionnée par le niveau de dressage du vieil animal. Je reconnais que je n'ai aucun mérite, Zorka est plus âgé que ma jument et donc naturellement plus docile et plus expérimenté aussi. Il faut bien avouer également que tout le mérite revient à mon père qui a remarquablement bien dressé son cheval à la voix. Ceci étant dit, cela n'enlève rien à la prestation de Léna, bien au contraire car elle n'a pas l'habitude de monter Diva. Cela est d'autant plus formidable que le courant passe vraiment bien entre elle et la jument.
..........Une petite bise commence à se faire sentir, nous glaçant les sangs. Il fait désormais beaucoup plus frais. Bientôt, le soleil descendra sous l'horizon. Ayant bien profitées de notre balade au grand air, nous décidons de rentrer.


***


..........De retour à l'écurie, chacune s'occupe de sa monture. Léna ayant finie avant moi de panser Diva,elle me rejoint dans le box voisin.
- Tu veux que je t'aide à curer les sabots de Zorka ? me dit-elle
- Si tu veux. Moi je finis de lui démêler la crinière.
..........S'occupant ainsi du vieil animal, Léna se retrouve comme agenouillée à mes pieds. Sur le ton de la plaisanterie, je le lui fais remarquer.
- Mademoiselle Yulia Volkova, je suis votre humble serviteur.
..........En disant cela, elle se prosterne devant moi de la manière la plus comique qui soit. Puis nous commençons à chahuter gaiement. Littéralement, Léna se jette sur moi et nous basculons dans le foin. S'ensuivent alors de multiples chatouilles, apportant son lot de cris et de fous rires. Zorka, que ce jeu laisse perplexe, nous regarde d'un coin de son box.
..........Enroulées ainsi dans le foin odorant, Léna presse son corps au mien. Je sens le galbe de sa poitrine généreuse contre la mienne.
- Quelqu'un pourrait nous surprendre, dis-je dans un souffle
..........Rien qu'à cette idée, je sens monter en moi l'adrénaline. Léna fait mine de se relever. D'un air coquin, je la retiens. Refusant qu'elle ne s'écarte, je l'attire à moi pour lui voler un baiser.
- On nous attends pour dîner je crois, fit-elle remarquer à regret.

# Posté le mercredi 11 octobre 2006 14:08

Modifié le samedi 10 mai 2008 12:04

CHAPITRE VIII

..........La soirée se passe divinement bien.
..........Placée sous le signe de la convivialité, la conversation s'engage, bon enfant. Léna est resplendissante, répondant avec bonheur aux questions de mes parents. Ma mère semble tout à fait apprécier la perspicacité de certaines de ses observations sur divers sujets, même les plus sérieux.
..........Je n'aurais pas pu rêver mieux : l'atmosphère est particulièrement chaleureuse et l'heure est à la bonne humeur. Il n'y a pas de doute, Léna est tout à fait à l'aise dans mon environnement familial et aux yeux de mes parents, c'est quelqu'un de cultivé et d'attachant.
..........Le dîner terminé, et après avoir fait la vaisselle, Léna et moi montons dans ma chambre.
- Je vais prendre une petite douche, dis-je. Fais comme chez toi, si tu veux mettre la télé ou autre chose. Je suis à côté, je n'en ai pas pour longtemps.
..........Je m'éclipse à la salle de bain.

..........Ma douche terminée et n'ayant pas pris la peine de me rhabiller, je reviens en sous-vêtements dans la chambre où je trouve Léna qui me tourne le dos. Installée à mon bureau, elle est concentrée au dessus de son cahier de poèmes, en train de griffonner quelque chose.
- Voudrais-tu m'en lire un ? risquais-je. S'il te plait, ma Léna.
..........Je m'attendais à un refus de sa part. Pourtant, à ma plus grande surprise, elle me tend son cahier.
- Je ne veux plus avoir de secrets pour toi, Yulia, dit-elle comme pour justifier ce geste.
..........Je savais que m'autoriser à lire ses pages, comme une fenêtre ouverte sur son c½ur, représentait pour elle un pas important dans notre relation. Prenant toute la mesure de la confiance qu'elle place en moi à cet instant, nous nous installons confortablement sur le lit pour feuilleter ensemble son cahier.
Le papier est un peu chiffonné par le temps, témoin des ans et du passé de sa propriétaire. Presque religieusement, je l'ouvre. Je reconnais aussitôt l'écriture familière de Léna. Le trait est fin et soigné. J'imagine sa main formant délicatement les lettres, couchant sur le papier ses plus secrètes pensées comme pour alléger son c½ur. Dans les marges, il y a quelques esquisses et illustrations suivant son inspiration du moment.
Léna se penche sur le cahier, tourne quelques pages puis s'arrête.
- Celui-là est pour toi, me souffle-t-elle au creux de l'oreille.

# Posté le dimanche 15 octobre 2006 02:45

Modifié le samedi 10 mai 2008 12:04

CHAPITRE IX

« Ton regard est la plus douce des caresses,
Lorsque tes yeux de velours se posent sur moi,
Reflet sans défaut de ta tendresse,
Ils sont plus délicats qu'une étoffe de soie,
Y plonger mon âme me rendrait plus riche que tous les rois,
Car ton c½ur et ton âme sont des joyaux fins,
Et ton corps en est le sublime écrin »


..........L'émotion me noue la gorge.
..........Jamais personne ne m'avait écrit quoi que ce soit. Profondément troublée, je ne peux dire un mot. Je prends Léna dans mes bras, son contact libérant les rivières de mes yeux océan.
- Ma Yulia, ne pleure pas.
- C'est de bonheur, mon ange, réussis-je à dire tout bas au creux de son épaule. Oh, que je t'aime !
..........Pour m'apaiser, Léna cherche alors doucement le chemin de mes lèvres. Passionnément, je lui rends son baiser, une main caressant sa nuque, l'autre explorant ses hanches. Je l'attire un peu plus à moi, goûtant sa chaleur. La cadence de nos baisers s'intensifie, faisant monter notre envie l'une de l'autre.
..........Mutuellement, nos gestes s'enhardissent. Léna cherche plus avidement mes lèvres, nos langues à l'unisson entamant un sensuel ballet. Je passe ma main sous son pull, caressant son ventre plat. Anticipant mon geste, Léna enlève elle-même son pull qu'elle envoie valser. Délicatement, comme pour faire durer le plaisir et prolonger l'instant, mes mains continuent de déshabiller le corps de mon amie. Sous mes doigts, je sens un doux frisson lui parcourir l'échine. Je dessine les courbes de ses seins, puis dégrafe son soutien-gorge. Sa poitrine ainsi libérée, elle est magnifique. Plongeant son regard dans le mien, Léna fait de même et aventure ses mains le long de mon dos pour enlever mes sous-vêtements. Se délectant de ma peau, elle enfouit son visage au creux de ma poitrine, embrassant mes seins, ses cheveux me chatouillant si délicieusement que je gémis doucement. Je ferme les yeux. Et le temps semble se suspendre.
- Es-tu sûre de vraiment vouloir ? me demande-t-elle, d'une voix quelque peu gênée.

# Posté le mercredi 18 octobre 2006 17:11

Modifié le samedi 10 mai 2008 12:04