Je sors de la douche, m'enroule dans un drap de bain sec et ainsi légèrement vêtue, je rejoins à petits pas la chambre de Lena au fond du couloir.
..........Refermant la porte derrière moi, j'entends un sifflement. Lena est assise sur son lit, habillée et prête depuis un moment déjà. Elle sourit, l'air coquin. Puis, à la manière d'un macho ayant remarqué une jolie fille dans la rue, elle se remet à siffler. Nous éclatons de rire. Complices. Puis Lena se lève et s'approche de moi, féline. Promenant ses mains dans mes cheveux encore humides, elle ponctue ma peau de baisers dans le cou.
- Mon Ange, on va être en retard. Nous n'avons pas le temps de jouer, protestais-je faiblement tout en souhaitant qu'elle ne s'arrête.
- Vraiment ? Pas le temps pour te montrer combien je t'aime ?
..........Lascivement, elle applique ses lèvres au coin des miennes.
- Ce n'est pas que j'ai pas envie, mon C½ur mais...
..........Elle m'interrompt, frôlant ma bouche du bout des lèvres.
- ...Madame Gorlanova pourrait entrer et nous surprendre ainsi, continuais-je.
- Et alors ?
..........Autre baiser doux.
- Et alors ? Alors tu serais renvoyée. Reléguée à la rue.
..........Nous sommes tellement proches que je m'enfouis dans son regard. Ce regard d'émeraude pétillant de malice. Lena promène son souffle sur mon visage, jouant à me sentir vibrer de la respirer. Elle prolonge mon supplice, devinant sans doute combien l'attente de ses bras aiguise ce délicieux trouble au creux de mes reins. Je ferme les yeux de plaisir.
- Je m'en fous. Je viendrai habiter chez toi.
..........Lena prend un malin plaisir à jouer avec mes sens, s'amusant à dessiner de sa langue les contours de mes lèvres tandis que sa main remonte doucement le long de ma cuisse. Effleurement exquis. Je frissonne. N'y tenant plus, je l'attire brusquement à moi et l'embrasse fougueusement. Baiser prolongé. Baiser appuyer. Dans un élan d'excitation, Lena me plaque contre le mur, sa main explorant à présent les dessous de la serviette de bain tandis qu'elle glisse un genou entre mes cuisses. Les sens en éveil, je l'emprisonne au creux de moi, la faisant prisonnière en mes bras avides de son corps. Puis, l'enlaçant plus passionnément encore, mes mains à la recherche de sa peau chaleureuse glissent le long de son échine pour venir s'échouer sur les formes harmonieuses de ses fesses.
..........Toc. Toc.
..........Pas le temps de nous éloigner l'une de l'autre que déjà un visage ahurit apparaît dans l'entrebâillement de la porte. Tania!
Tania est aussi interloquée que nous le sommes. Gênées, Lena s'écarte et sans mots dire rajuste ses vêtements. Puis comme un appel à l'aide, risque un regard dans ma direction, les yeux remplis de doutes, s'interrogeant sur ce qu'il convient de faire à présent.
- Pardon...Je...Je...suis désolée...Je venais juste...vous chercher avant le début des cours...Je pensais pas déranger...Heu...Sergueï attend dans la cour, bafouille Tania pour tenter de briser le silence pesant qui s'est installé tantôt.
..........Sur le point de partir rejoindre Sergueï je la rattrape pourtant sur le pas de la porte, ne prêtant nulle attention aux regards en coin que me jettent les autres filles dans le couloir. C'est vrai, j'avais
oublié : je suis encore en serviette de bain.
- Tania ?! Je crois qu'il faudrait que l'on discute. Maintenant. Viens.
..........De retour dans la chambre, mon regard se pose sur Lena restée interdite, le visage pâle comme jamais.
- Mon Ange, tu devrais aller prendre l'air. Tu es toute blanche.
..........Elle hoche faiblement la tête, l'air quelque peu absent.
..........Je me rapproche d'elle, dépose un baiser sur sa joue avant de lui murmurer à l'oreille :
- Ne t'inquiète pas, ça va aller. Je m'occupe de tout. Va rejoindre Sergueï, s'il te plaît mon C½ur.
..........Elle me dévisage, l'air de demander : «Tu es sûre de ce que tu fais ? ». D'un petit sourire qui se veut déterminé, je lui fais comprendre que oui. Lena attrape alors son sac de cours au pied du bureau et sans un mot, jette un dernier regard dans la pièce avant de sortir.
..........« Sûre ? Moi ? Oh, non ! Je ne suis sûre de rien. Tania nous a vues nous embrasser. Ça ! C'est sûr. Mon Dieu, j'en tremble. Calme toi ! Calme toi ! Respire ! Un jour ou l'autre, il faut bien se jeter à l'eau. Alors que cela soit maintenant ou plus tard, quelle importance ? Autant saisir l'occasion. Allez ! Courage ! Saute et plonge ! »
..........Je m'avance rejoindre mon amie assise sur le lit de Lena.
- Tania ?
..........Je m'assoies à ses côtés.
..........Mon c½ur s'emballe. Je l'entends qui cogne avec force à mes tempes.
- Tania ? « Allez ! Plouf ! Lance-toi, trouillarde ! » Heu...Je suis désolée, je ne voulais pas que tu l'apprennes de cette façon...C'est stupide en plus parce que tu vois...Lena et moi ce matin on venait juste de décider de vous en parler...à Sergueï et toi...Et...
..........Elle m'interrompt :
- Yulia ?! Yul ! Yul ! Ecoute moi... Tu n'as pas à te justifier...On se connaît depuis tellement longtemps toutes les deux...Ne sois pas embarrassée...J'ai été surprise tout à l'heure voilà tout...Mais cela ne change rien entre nous...Que tu aimes les filles, je veux dire.
..........Tania m'adresse un clin d'½il accompagné d'un grand sourire complice.
- Non, Tania. Je n'aime pas les filles, je n'en aime qu'une. Une seule.
..........Malicieusement moqueuse, elle m'ébouriffe les cheveux.
- Houlà ! T'es mordue, toi ! Ceci dit, Lena est géniale. Je suis contente pour vous deux. Allez ! Habille-toi vite. Il y en a deux qui vont se demander ce qu'il se passe si nous ne les rejoignons pas très vite. Je t'attends en bas.
- Tania ?
- Hum ? lance-t-elle sur le pas de la porte.
- Merci.
- De quoi ?
- D'aussi bien prendre les choses.
- Je te l'ai dit : que tu sortes avec Lena ne change rien à l'amitié que je te porte...que je vous porte, à toute les deux. Ne te tourmente pas, ma Yulia. Tu auras toujours une place importante dans ma vie. Quelques soient tes choix. Et à l'avenir, si quelque chose te pèse sur le c½ur, n'hésite pas à m'en parler. Je ne te jugerai pas, tu le sais bien. Bon ! Et maintenant dépêche toi sinon nous allons vraiment être en retard ce coup-ci.
..........Frénétiquement, je cherche de quoi m'habiller. J'enfile le premier jean qui me tombe sous la main ainsi qu'un pull-over bleu. J'attrape mon sac au vol et à toute vitesse, je dévale les escaliers pour rejoindre ma petite bande qui m'attend à l'endroit habituel, sous le grand chêne.